• 28 Avril 1967

        Les années 1960 sont marquées par les violences policières à l’encontre de la communauté afro-américaine. De nombreuses révoltes ont lieu dans tout le pays pour protester. À la tête de la lutte, Martin Luther-King, qui est assassiné le 4 avril 1968. C’est dans ce contexte que se déroulent les Jeux olympiques d’octobre 1968. 

        Le 16 octobre a lieu le 200m. Sur le podium, deux afro-américains : John Carlos à la troisième place et Tommie Smith à la première. Lors de la cérémonie de remise des médailles, les deux hommes arrivent en chaussettes, pour symboliser la pauvreté de leur communauté. Tommie Smith porte un foulard, et John Carlos a son maillot ouvert, en références au lynchage et à l’esclavage. Lorsque les premières notes de l’hymne américain résonnent, les deux jeunes hommes baissent la tête et lèvent leur poing ganté. L’Australien, Peter Norman arrivé deuxième, participe également en brandissant sur sa poitrine le badge « L’Olympic project for humans rights’ porté par d’autres sportifs noirs. Il estimait que le combat « est aussi celui de l’Australie blanche ». 

      Les sportifs afro-américains engagés contre les violences raciales aux Etats-UnisLes sportifs afro-américains engagés contre les violences raciales aux Etats-Unis

       

     

     

     

        Les réactions sont violentes et immédiates. La foule hurle et crache. Le président des jeux, Avery Brundage, considère que la politique n’a pas sa place au sein des Jeux olympiques. Les deux hommes sont directement bannis du village olympique. Et alors que Tommie Smith était une icône, premier sportif à être descendu sous les 20s aux 200m, seul sportif du monde à avoir cumulé onze records du monde en même temps, sa carrière s’arrête brutalement, ainsi que celle de John Carlos. Ils sont d’abord suspendus temporairement, puis interdits de compétition à vie. Les médias les boycottent, les menaces de mort s’accumulent. Smith est viré de son travail de laveur de voitures. Lui et John Carlos ne trouvent plus aucun travail. La femme de Smith divorce, celle de Carlos se suicide. Peter Norman lui, n’est pas lynché par l’opinion, mais se voit privé des jeux de 1972, malgré sa qualification et ses performances. Cependant, cet acte soulève un vent d’espoir. Le lendemain, trois autres vainqueurs afro-américains du 400 mètre, Lee Evans, Larry James et Ron Freeman, montent sur le podium avec un béret noir, comme symbole des injustices. C’est également un symbole d’entraide avec les autres communautés. À la mort de Peter Norman en 2006, Tommie Smith et John Carlos font le voyage pour porter le cercueil. Tommie Smith déclare lors de son éloge funèbre « Je pensais voir la crainte dans ses yeux. J’y vis l’amour ». 

     

        En septembre 2016, les deux hommes connaissent une forme de reconnaissance quand ils sont invités à la maison blanche. Barack Obama déclare : « Nous sommes honorés d'avoir les légendaires Tommie Smith et John Carlos ici aujourd'hui. Leur puissante protestation silencieuse aux Jeux de 1968 a été controversée, mais elle a réveillé les consciences ». 

     

    16 Octobre 1968

      Dans un contexte de guerre froide, les Etats-Unis interviennent dans la guerre du Viêt Nam [1963-1975], pour soutenir le Viêt Nam du Sud, face au Viêt Nam du Nord, soutenu par la Chine et l’URSS. Les civils américains sont alors mobilisés pour aller combattre. Mais le 16 octobre 1968, Mohamed-Ali annonce publiquement qu’il n’ira pas rejoindre les rangs.

    « Ma conscience ne me laissera pas aller tuer mes frères ou de pauvres gens affamés dans la boue pour la grande et puissante Amérique ; les tuer pourquoi ? Ils ne m'ont jamais appelé nègre, ils ne m'ont jamais lynché, ils n'ont jamais lâché les chiens sur moi. (...) Comment pourrais-je tuer ces pauvres gens ? Mettez-moi en prison ! »

       Déchu de son titre de champion du monde, il est condamné à 10 000 dollars d’amende et à 5 ans de prison, et il perd sa licence. Face à la décision du gouvernement, il déclara : « Ils ont fait ce qu’ils pensaient juste, et j’ai fait ce que je pensais juste ». Cependant, il fait appel de sa condamnation et arrive à éviter la prison. Loin des rings, il se bat pour les droits civiques des minorités et participe à de nombreuses conférences. En 1971, l’opinion publique se retourne et s’affirme contre la guerre du Viêtnam. La Cour Suprême décide finalement de casser sa sanction, et Mohamed-Ali peut reprendre le cours de sa carrière.

        « Mohamed-Ali a secoué le monde. Et cela fut une bonne chose pour le monde. Et pour nous tous. Il a parlé quand d'autres ne le faisaient pas (...) c'est un homme qui s'est battu pour ce qui était juste » déclare Barack Obama. 

     

    26 Août 2016

       Les Francisco 49ers affronte les Green Bay Packers, le 26 août 2016. Dans le stade, la Star-Spangled Banner (la Bannière étoilée), l’hymne national américain résonne. Comme le veut la tradition, les joueurs et spectateurs se lèvent, la main sur le cœur et commencent à chanter. Tous, sauf Colin Kaepernick qui reste assis sur le banc. À la fin du match, il déclare : 


    « Je ne vais pas afficher de fierté pour le drapeau d’un pays qui opprime les Noirs » Puis, il cite l’écrivain Ta-Henisi Coates « il y a des cadavres dans les rues et des meurtriers qui s’en tirent avec leurs congés payés ». 


      C’est la déferlante médiatique. Il est qualifié de traître, son maillot est brûlé, les syndicats de police menacent de ne plus assurer la sécurité des stades s'il y est, Trump déclare qu’il « devrait chercher un pays qui lui convienne mieux ». Cependant, son équipe montre son soutien dans un communiqué : « Dans le respect de grands principes américains tels que la liberté de religion et la liberté d’expression, nous reconnaissons le droit d’un individu de participer, ou non, à la célébration de notre hymne national.» Il se retrouve autant soutenu, qu’incriminé. Des anciens des forces armées lancent le hastag #VeteransForKaepernick. Son maillot devient le plus vendu en ligne. 

      Par la suite, Kaepernick décide de s’agenouiller durant l’hymne plutôt que de rester assis. C’est le cas le 1er septembre, où il est suivi par un autre membre de l’équipe, Eric Reid. 

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