• Orange Is The New Black | Livre / Série

    Spoilers mineurs principalement sur la saison 1

          Suite à la magnifique sixième saison de orange is the new black, je me suis finalement décidé à lire le livre qui a inspiré la série. Aujourd'hui je reviens donc pour vous partager mon impression sur le livre, mais surtout les différences entre la série et le livre. Je ne suis évidemment pas une experte du système carcéral des Etats-Unis, ma seule source étant le livre. Forcément il y a beaucoup de différences entre les deux œuvres et ce n'est pas dérangeant. Par exemple, dans le livre il n'y aucune histoire d'amour dans la prison, Piper et Alex sont effectivement dans la même prison, mais seulement cinq semaines, elles purgent leurs peines dans deux prisons distinctes. On est donc loin de leur histoire d'amour passionnelle qu'on peut voir dans la série, et personnellement ça ne me dérange pas plus que ça. De même l'un des plus gros point fort de la série est le panel de personnages avec leurs flashbacks, chose qui n'est évidemment pas présente dans le livre puisqu'on est du point de vue interne de Piper et que donc elle ne connaît pas le passé de toutes ses co-détenues. Maintenant ce n'est pas cela qui me pousse à écrire cet article, mais bien le "but" si on peut dire ça comme ça, du livre. 
     

    Orange Is The New Black | Livre / Série | La prise de conscience | 

          Il faut avoir en tête que l'autrice Piper Kerman n'a pas le profil courant d'une détenue. De ce fait, elle a peut-être une vision complètement différente des autres femmes. Piper a été condamné pour avoir participé à un trafic de drogue notamment en faisant  passer une valise pleine d'argent d'un pays à l'autre, ce qui constitue du blanchissement d'argent. Dans la série (la saison 1 est assez flou dans ma tête, mais quand même, je m'en souviens) Piper, regrette, mais principalement parce que ça l'a conduit en prison. Par la suite, elle prend part à d'autres activités criminelles et ne s'intéressent pas plus que ça aux histoires de drogues en prison. Et si sur tout le reste, je concède l'aspect scénaristique pour les choix pris, sur ce point-là, je trouve que c'est une erreur. En effet dans le livre Piper, regrette d'abord de faire du mal à son entourage, mais par la suite elle a une véritable prise de conscience en voyant toutes les femmes en souffrance à cause du manque de drogue dans la prison. Ce qui offre probablement le plus beau passage du livre que je vous mets juste après (oui, c'est un peu long, mais ça en vaut la peine). 

    << Si je regrettais les actes que j'avais commis, c'était essentiellement à cause du mal que j'avais causé à ceux qui m'étaient chers et aux conséquences que je devais affronter. Même quand on me prit mes vêtements et qu'on les remplaça par l'uniforme kaki de la prison, l'idée que "la guerre à la drogue était autre chose qu'une plaisanterie aurait amené sur mes lèvres un sourire moqueur. J'aurais argué que la législation sur la drogue s'était révélée au mieux inefficace, au pire concentrée malheureusement sur l'offre et non sur la demande, conçue de bric et de broc, appliquée de manière injuste selon la couleur de la peau et la classe sociale, et débouchant donc sur une faillite intellectuelle et morale. Et tout cela était vraie. Pourtant, lorsque je voyais Allie ronger son frein en attendant de retomber dans son abrutissement, lorsque je me demandais si Pennsatucky serait capable de se maîtriser et de devenir la bonne mère qu'elle aspirait à être, lorsque je m'inquiétais pour mes nombreuses amies de Danbury à la santé délabrée par l'hépatite et le sida, lorsque je constatais au parloir que la drogue avait rompu les liens entre des mères et leurs enfants, je comprenais enfin les conséquences de mes actes. J'avais contribué à ces terribles malheurs. Ce qui me fit prendre finalement conscience de la cruauté indifférente de ma conduite passée, ce ne furent pas les contraintes que m'imposa le système judiciaire, ni les dettes contractées pour les frais de justice, ni le fait que je ne pouvais plus vivre avec l'homme que j'aimais. Ce fut de rencontrer des femmes qui souffraient à cause de ce que des gens comme moi avaient fait, ce fut de leur parler, de travailler avec elles, d'apprendre à les connaître. Aucune ne me fit de reproches la plupart avaient elles-mêmes été impliquées dans le trafic de drogue. Pour la première fois, cependant, je compris que mes choix m'avaient rendue complice de ceux qui avaient causé leur malheur. Complice de leur addiction. >>

     

    | La vie quotidienne | Orange Is The New Black | Livre / Série

          Ce point rassemble énormément de choses, que je ne me voyais séparer parce que justement, elles forment un tout. La série et le livre nous apportent un témoignage sur la vie quotidienne en prison. Un témoignage très différent selon l'œuvre. Encore une fois, je ne critique pas la série, ayant conscience que c'est une fiction et qu'elle n'a pas pour but d'être fidèle à la réalité, je trouve ça juste intéressant de soulever ces différences. La différence la plus surprenante pour moi est la relation entre les détenus. Dans la série, si elles ne sont pas toujours en train de se taper dessus, il y a un vrai climat de tension, de clivage entre les différents groupes. Dans le livre pas du tout. Oui, il y a des incidents, mais très mineurs, par exemple Piper connaît deux conflits un au sujet d'une salade qui finit en deux secondes, un au sujet d'une course qui finit en deux secondes également. On est loin de la guerre qu'il y a entre elle et Pennsatucky qui va très loin dans la série, alors que dans le livre elles s'entendent très bien. De manière générale, Piper s'entend avec toutes les détenues, rend service à beaucoup, et même s'il y a des clans, les filles se mélangent facilement notamment au travail, la cuisine par exemple n'est pas réservé exclusivement aux blanches comme dans la série. Évidemment les scénaristes ont rajouté tout ça pour créer des rebondissements, et c'est probablement basé sur une réalité, ce n'est pas parce que Piper ne le vit pas que toutes les détenues ne le vivent pas non plus. Mais du coup, l'ambiance de la prison est complètement différente. 

          Dans la série, elle est très rapidement coupée du monde extérieur, demandant à sa mère de ne plus venir la voir, rompant avec Larry. En réalité tout le long de sa peine hormis à la fin quand elle part dans la prison de Chicago, une toute autre histoire, elle voit sa mère toutes les semaines et Larry aussi. Elle reçoit de nombreuses lettres et des cartons entiers de livre. Elle souffre quand même énormément de la solitude, notamment parce que contrairement à ce qu'on voit dans la série, elle n'obtient pas de permission pour aller voir sa grand-mère mourant. Mais contrairement à beaucoup, elle sait qu'une vie l'attend à l'extérieur. Ce qui m'emmène au point suivant.

     

    Orange Is The New Black | Livre / Série | La vie après la prison ? |

          La raison pour laquelle je voulais faire cet article et la raison pour laquelle je vous encourage tous, que vous ayez ou non vu la série, c'est pour cet aspect du livre, de loin le plus important, à savoir que le système carcéral américain ne permet en rien une réinsertion dans le monde réel. Il est dit dans le livre que beaucoup de femmes récidives, d'ailleurs les prisonnières ne s'étonnent pas quand d'anciennes détenues repassent les portes de la prison. Et c'est sur ce point que la série choisi un autre angle d'attaque que le livre pour moi. La série montre cette difficulté de réinsertion avec Aleida notamment, et ce retour à la case départ avec Taystee. Mais c'est un peu noyé dans tous les autres thèmes abordés (la violence entre les détenues, les histoires d'amour, de drogue). Le thème qui ressort le plus dans la série est l'injustice et le mauvais traitement des détenues, ce qui fait l'objet de toute la saison 5 et qui est porté par la merveilleuse Taystee ♥ Si Piper Kerman parle beaucoup de ces sujets aussi, l'aspect qui en ressort le plus pour moi est cette reinsertion et l'inefficacité du système sur ce sujet.Elle parle notamment des "cours de réinsertion" avant la libération (donné par le personnel du camp, qui n'ont donc jamais travaillé avec des ex détenues) qui consiste en une forme de développement personnel, mais qui ne parle absolument pas des aspects pratiques par exemple comment trouver un job, un appart, comment avoir accès à des soins, la contraception. Piper elle, a la chance d'avoir un fiancé avec un appartement à l'extérieur, et un ami qui a crée un emploi spécialement pour elle dans son entreprise, beaucoup d'autres détenus se dirigent directement vers le centre des sans-abris. Certaines en viennent même à regretter la prison, Piper l'explique par des mots très juste

    << Notre système carcéral apprend aux détenus à survivre en tant que prisonniers, pas en tant que citoyens >>

          C'est ces difficultés rencontrées à la sortie qui ont poussé Piper à écrire son livre, ainsi qu'à rejoindre la Women's Prison Association qui aide les anciennes détenues (notamment pour le logement, les emplois, la garde des enfants, l'accès aux soins, mais également en leur apprenant à gérer leurs budgets, à payer leurs factures etc). Et je pense que c'est ce qui devrait également vous poussez à lire le livre.

    << Mais notre système judiciaire actuel ne fait aucune place à la justice de réparation, dans laquelle un délinquant est confronté au mal qu'il a causé et s'efforce de réparer. Au lieu de quoi nous avons un système de correction qui repose sur la vengeance à distance et le châtiment à toute heure du jour et de la nuit. Et ceux qui l'organisent s'étonnent que les détenus sortent de prison plus brisés qu'à leur entrée. >>

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